| |
L’art, un continent sans horizon
Un trait épais sur un fond, un trait rouge ou
jaune, parfois bleu… puis un peu à l’écart un
ovale, du moins ça y ressemble, de couleur
blanche… en fond des reliefs doux, peut-être
quelques arbres, une lointaine habitation… voilà,
on sait où la toile nous a transporté au Soudan.
Les peintres soudanais ont cristallisé leur pays
par des taches de couleur sur des fonds clairs,
ses formes en couleur sont les tobes, les taches
blanches, les djellabas… on entendrait presque
les tissus claquer au vent… Puis il suffit de
sortir de Khartoum, de s’enfoncer dans ces
espaces immenses à la densité faible qu’offre le
Soudan et en effet, on verra ces silhouettes qui
marchent dans le désert. Sur les toiles des
artistes soudanais, on trouvera des couleurs qui
jaillissent, et alors quand on découvre les
tableaux d’Omar Khalil (janvier 2008 au CCF), où
les couleurs se font rares comme si elles
s’étaient retirées pour offrir d’autres
possibilités…on s’interroge. C’est sombre,
nébuleux, « on se sent mal »… et pourtant ces
toiles ne sont pas monotones ni redondantes, au
contraire, on découvre que le noir, le blanc et
tous les degrés qu’ils impliquent, offrent de
grandes possibilités comme si l’on découvrait
une nouvelle langue qui permettait de comprendre
un nouveau monde….On découvre des reliefs sur
ces toiles planes, on découvre des humeurs sans
la présence de sujet. L’étranger se fait
matériel, on aurait tendance à juger hâtivement,
à repousser presque… mais on y revient, sans
forcément apprécier, on se laisse emmener vers
quelque chose que l’on ne saisit pas et pourtant
avec lequel on apprend à vivre, à discuter à
contempler, à accepter.
L’art et les mathématiques partagent ce point
commun que les combinaisons sont infinies, la
création de l’homme est sans limite, et ceux qui
ont su maîtriser cette création, l’assouvir,
l’annihiler ont failli…
Les débats sur l’art sont sans fin ; a-t-il pour
mission de tendre vers le Beau, le Bien, doit-il
se mêler au politique ? peut-on tout autoriser
sous prétexte que c’est de l’art ? doit-il
rester libre d’accès ou être « protéger » et
devoir être atteint contre rémunération ? En
tous les cas, à ceux que cela déplaise, il sera
toujours vain de prévoir la fin de la créativité
de l’art chez les uns ou chez les autres, l’art
demeure un continent sans frontière qui demande
toujours à être explorer et à ré explorer.
Mathieu O’Keefe |
|